LES CHIMÉRES DE NOS CORPS • Métamorphoses

LES CHIMÉRES DE NOS CORPS

Une vidéo extraite
de l’installation
MÉTAMORPHOSES

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Je vais chanter les êtres et les corps qui ont été revêtus de formes nouvelles, et qui ont subi des changements divers. La brutalité des représentations qui s’enchainent sans interruption, me dévoile une image de ce que je devrais être mais qui ne me convient
pas. Je me sens dès lors désincarnée, niée en tant qu’individu et surtout caractérisée de manière approximative. Même si le flou me sied, il doit d’abord et avant tout être mien. Organisée sous forme de classement systématique identitaire, la femme est plurielle, certes, mais correspondant à un nombre restreint de critères :
Séductrice, maternelle, garce, aimante, instinctive, compatissante, sainte, prude, salope, brave, écorchée, putain, vierge, madone…
J’ai beau me regarder sous toutes les coutures dans cet espace intime que je tente de recréer, où que je sois, comme un cocon mobile et en kit ; je ne me sens pas entière mise à nue. L’essence est hors d’atteinte parce que dispersée et ne m’appartenant plus. Dans ma quête ontologique, je nage en eaux fourbes, désagrégée, éparpillée par mon propre regard inquisiteur. Au-delà de ce que le monde m’envoie, je suis devenue mon bourreau, victime des désirs des autres que je me suis appropriés. Je deviens proie de ma propre chair ne voyant plus que l’enveloppe au lieu de m’efforcer de soulever la peau et d’y voir l’insoutenable similarité organique que je partage avec mes congénères.
Alors je me déploie. Quelque part, tout au fond, je ressens cet animal tapi dans l’ombre qui entame sa résurrection lente et impérieuse et pourtant je refuse désormais de me laisser dominer par son humanité sauvage. Il sort de sa cage, évolue, suit la transhumance pour effeuiller les couches successives de ce qui a fait de moi un bipède pensant. La bête mue pour accomplir son destin de chimère, défiant toute raison.
Regardez-moi faire mes premiers pas de primate. Incertains et chancelants, d’abord. Plus assurés et ancrés au sol ensuite, prêts à en découdre. Qu’est-ce qui m’appartient encore ? quels sont mes désirs propres ? Ni femme ni bête, je serai une page blanche pour écrire une histoire propre, consciente de l’étrange complexité qui m’entrave et qui m’affranchit.
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CONCEPTION Alizée Honoré & Alison van Overeem
TEXTES Alison van Overeem
VIDEO Alizée Honoré
MUSIQUE Manuel Sampaio
CONSTRUCTION Alizée Honoré, Ophélie Honoré, Alison van Overeem & Clémence Walle
Une production Cargo X (Game Ovaires) & Nighthawks asbl © 2016 – nighthawks.

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